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Le glaive de Siméon

2015 février 2

 

Le glaive de Siméon

 

À rapprocher avec le sermon de l’abbé de la Rocque !!!

publié ici-même, il y a quelques jours :

« Les blasphèmes pleuvent de partout »

 

… Plus tard eut lieu une seconde cérémonie religieuse à laquelle la Vierge ne crut pas pouvoir se soustraire alors que son Fils avait été circoncis. Le quarantième jour après la naissance de Jésus, la Vierge-Mère se rendit au temple de Jérusalem pour la purification édictée dans le Lévitique. Après s’être comportée comme si elle avait contracté la souillure légale, elle qui était plus pure que les cieux, Marie se fit relever comme les autres femmes de son peuple après la naissance de leurs enfants, en offrant, selon la taxe des pauvres, le couple de tourterelles ou les deux petits de colombe pour l’holocauste et le sacrifice d’expiation. Et comme en vertu de la Loi, son Fils ne lui appartenait plus, — Tu consacreras à Yahvé tout premier-né, disait l’Exode, et Moïse avait ajouté : Tu rachèteras tout premier né de l’homme parmi tes fils, — elle racheta son Premier-Né en versant au trésor sacré les cinq sicles d’argent.

Philippe de Champaigne - Présentation du Christ au Temple

La présentation de Jésus au Temple, par Philippe de Champaigne

Et vous savez quelle scène se passa à cette occasion. Un vieillard, Siméon (quelque saint prêtre, sans doute, mais qu’il n’est pas possible de mieux identifier) prit l’enfant des bras de sa mère et, éclairé d’une subite lumière prophétique, il entrevit quel serait le destin de celui qu’il élevait vers le ciel comme une hostie et quel sillage ineffaçable son passage laisserait à jamais dans la vie de l’humanité. Puis, se tournant vers Marie, il ajouta : Quant à vous, un glaive vous transpercera l’âme. La Vierge savait sans doute mieux que quiconque ce qui devait arriver et quel prix avait été statué pour la Rédemption. Mais la parole terrible de Siméon lui rappela avec une nouvelle énergie que l’heure des grandes douleurs approchait.

Essayez d’imaginer les émotions dont l’âme de la mère était le théâtre tandis qu’ils s’en retournaient et que Joseph n’avait plus de mots à cause de la parole du vieillard qui l’avait fait frissonner, émotions contradictoires qui se mêlent comme des caresses et des déchirements.

Elle vient d’enfanter dans la joie. Aucune mère n’a connu comme elle, sans mélange, la douceur de tenir un fils premier-né entre ses bras, pas même Élisabeth, sa parente, qui nourrit depuis six mois l’enfant si longtemps désiré. Les autres mères, en berçant leur enfant nouveau-né, ne pressent qu’un petit être inerte qui ne sait rien comprendre à la douceur des noms qu’elles lui prodiguent et qui ne peut répondre à leurs caresses. Mais celui qu’elle tient entre ses bras se révèle déjà comme le plus beau des enfants des hommes. Déjà le Fils et la Mère se comprennent : ils échangent d’âme à âme, mieux qu’avec le vulgaire langage, leurs témoignages de mutuelle tendresse.

Les autres mères craignent pour la fragilité d’une vie qui vient de naître, s’alarment au moindre signe, tremblent souvent pour le lendemain : pour leur enlever leur trésor, faut-il beaucoup plus que le vent de printemps qui emporte la frêle toison des amandiers en fleurs ? Marie ne tremble pas ; elle ne craint rien : rien n’est capable d’arracher son Fils à son amour ; on lui enviera ce Fils dans les yeux de qui, parfois, brille du divin.

Mais par contre les autres mères, dans leur ignorance du destin de leurs enfants, tissent pour eux des rêves d’avenir ; et Dieu sait dans quels nuages dorés vont parfois se perdre les rêves maternels. Marie, elle, sait le sort éternellement réservé à son Fils. Elle sait qu’elle le perdra à trente ans et dans des circonstances auxquelles on ne peut pas penser. La vision du sacrifice rédempteur est toujours au-dedans de ses paupières. Et ce n’est pas une éventualité, une menace, c’est une certitude.

La Vierge-Mère marche dans l’ivresse d’un bonheur idéalement pur avec un couteau planté dans le cœur. Ah ! notre psychologie est à court et n’a qu’à se taire devant la Mère de Jésus !

Mais rendons-lui grâce à jamais d’avoir librement accepté son destin. N’eût-il été fait que de douceur et de gloire, que les siècles ne la féliciteraient pas moins d’avoir été choisie et d’avoir accepté. Mais l’honneur de la maternité divine comportait une somme de souffrance et un martyre qui dépassaient la mesure commune. Elle le savait, et cela n’avait pas retardé son Fiat. Elle avait accepté de plein cœur sa part dans la Rédemption, souriant moins à l’honneur et à la gloire qu’à la volonté divine et aux souffrances maternelles que Dieu agréerait pour le salut du monde.

 

C’est la pensée du sonnet célèbre :

Tout te chante, ô Marie, et pourtant quelle femme,
Même au prix de ta gloire, eût bravé tes douleurs ?

 

Fr. Louis De Gonzague, O. M. C : Lectures sur la Vierge

 

Tiré de « La Semaine Religieuse du Diocèse de Quimper et de Léon » 53ième année, numéro 4, 28 janvier 1938.

 

 

 

La présentation de Jésus au Temple, par Rembrandt en 1628

 

 


 
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6 réponses
  1. Charles
    Charles lien permanent
    février 5, 2015

    « Car la parole de Dieu est vivante, puissante, plus aiguë que le glaive le mieux aiguisé, pénétrante jusqu’à diviser l’âme et l’esprit, les jointures et les moelles ; elle sonde les pensées du cœur et les secrets des âmes.«  (He 4,12).

     
    L’âme est le principe de la vie naturelle et surnaturelle.
    C’est aussi le siège des affections, des désirs, des joies et des tristesses…

    L’âme de Notre-Seigneur était triste à en mourir…(Matt.26,38)

    Celle de Marie magnifiait le Seigneur… (Luc. 1, 46)

    Siméon prédisait à Marie que sa tristesse serait assez grande pour entrainer la mort !
    Marie souffre à en mourir. Elle est comme clouée à la Croix, MAIS, dans le plus intime de son cœur, elle sait que s’opère la Rédemption.
    Marie, dans la détresse, au point de toucher le Cœur adorable de Son Fils…
    Marie, lumineuse dans cette terrible nuit du Calvaire, nous apprend qu’il nous faut offrir réparation pour tous les péchés des hommes qui surpassent en gravité les soufflets, crachats et vexations inouïes que Son Fils a reçus pour notre Salut.
     
    À tous ceux qui souffrent d’avoir, souvent malgré eux, une vie cachée, de se sentir en état de privation, comme dans des catacombes spirituelles, Marie nous invite à en savourer l’extrême importance dans une totale CONFIANCE et CHARITÉ.
     

    • Edouard Marie Laugier
      Edouard Marie Laugier lien permanent
      février 5, 2015

      Il y a aussi ceux qui s’imposent les privations … et par là, se font les héritiers d’un certain jansénisme, hélas bien en vogue dans certains milieux. Et il n’est même pas question d’« Una Cum »,même pas …

      Ne vous en déplaise.
       

  2. Charles
    Charles lien permanent
    février 5, 2015

    http://wordpress.catholicapedia.net/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wacko.gifhttp://wordpress.catholicapedia.net/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_scratch.gifhttp://wordpress.catholicapedia.net/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_smile.gif                                   « Ne vous en déplaise. »

    Mais…il me plait, Très Cher Édouard, de vous citer Aristote :

    « Un être, avant d’avoir ses qualités actuelles, en avait d’autres qui constituaient un état privatif de l’état présent ; ainsi du plomb fondu se refroidit et passe à l’état solide ; il ne peut le faire sans perdre l’état liquide qu’il avait d’abord ; c’est-à-dire que la privation de la liquidité est la condition absolue de la solidité. »
     
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    • Edouard Marie Laugier
      Edouard Marie Laugier lien permanent
      février 5, 2015

      Justement,

      il demeure encore des soutanes à l’état fréquentable, quoi que d’un aspect un peu défraichi, ce qui peut, il est vrai, refroidir et décevoir certaines ardeurs antilibérales. Mais qui sont en état de fonctionnement, et qui passent le CT.
      Mais enfin si le cours de la soutane était au plus haut, nous n’en serions pas à une situation actuelle de privation, bien réelle elle, de Grand Monarque et de Saint pape.
       

      • Charles
        Charles lien permanent
        février 5, 2015

        Ah…tiens ! vous me faites penser que pour moi aussi c’est l’année du contrôle technique pour mon vieux véhicule……

        Devrai-je aussi passer le CT pour ma propre personne ?!…

        Ah…cher Édouard…que c’est triste de vieillir……! http://wordpress.catholicapedia.net/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_bye.gif http://wordpress.catholicapedia.net/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wink.gif
         

        • Edouard Marie Laugier
          Edouard Marie Laugier lien permanent
          février 5, 2015

          Le contrôle technique d’une personne, finalement, c’est un peu une bonne retraite de Saint Ignace.

Les commentaires sont fermés.