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INTERROGATION SUR LE PENTECÔTISME

2013 décembre 19

Après les fausses mystiques, et le Renouveau charismatiques avatar du Pentecôtisme (protestant) dans l’église Conciliaire, continuons d’explorer ce Pentecôtisme avec un texte du R.P. Philibert de Saint-Didier, O.F.M. Capucin, « Interrogation sur le Pentecôtisme » de 1975.

Confrère du R.P. Eugène de Villeurbanne, et écrivant à la même époque, le Père Philibert partage le même “handicap” que le Père Eugène que nous vous signalions il y a quelques jours, à savoir :

Les Pères Eugène et Philibert écrivent en 1975, dans le tout début de cette église Conciliaire… qui n’est plus (pas) l’Église catholique !

Il est évident que lorsqu’ils parlent de “l’Église catholique”, il ne s’agit plus de la sainte Église catholique de NSJC mais de la secte conciliaire voulue et issue de Vatican d’Eux…

De même, lorsqu’ils font référence à “Vatican II”, ils pensaient sincèrement (on le suppose !) à un concile œcuménique de l’Église qui certes nouveau, n’avait pas encore révélé son “vrai visage” et tous ses vices…

Ceci-ci dit, toute les démonstrations des Pères Eugène et Philibert sur le “Pentecôtisme ou les « Renouveaux charismatiques » et « Renouveaux spirituels » sont faites en fonction des règles de l’Église Catholique.

* * *

Recueil de textes extraits de “La Pensée catholique”, janvier-juin 1975

Documents sur le Pentecôtisme

 
Le Pentecôtisme
 

Interrogation sur le Pentecôtisme

P. Phillibert de Saint-Didier, ofm cap.

Avant-propos

Rédigée pour la « Pensée Catholique », l’étude reproduite ici a paru intéressante à une partie plus large du public. C’est pourquoi nous avons cru devoir en faire un « tiré à part », sous forme de brochure. C’est la présente publication. Au moment où le pentecôtisme vient encore ajouter à la confusion des esprits et risque, après les attaques contre le Saint Sacrifice de la Messe, contre tous les Sacrements, de saper les fondements même de l’Église par une nouvelle offensive d’illuminisme et de libre examen, puisse-t-elle être utile pour affermir les survivants catholiques dans leur indispensable orthodoxie.

C’est là notre seul désir.

Fr Philibert de St Didier.

 

Interrogation sur le Pentecôtisme

Cardinal SuenensTel se présente le livre du Cardinal Suenens avec un point d’interrogation magistral (« Une nouvelle Pentecôte ? » chez Desclée de Brouwer, 272 pages). L’auteur n’est donc point sûr de sa réponse. Après une lecture attentive, nous le sommes encore moins que lui.

 
Une nouvelle Pentecôte ? du Cardinal Suenens
 

I. De quoi exactement a-t-il voulu parler ?

Certes il s’agit des assemblées dites charismatiques des pentecôtistes. Mais comment les conçoit-il ?

Il refuse d’y voir un « baptême dans l’Esprit-Saint » que confèrerait une imposition des mains et dont l’efficacité se manifesterait par des dons extraordinaires comme « le parler en langues ».

Et pourtant il s’est fait lui-même, cardinal, imposer les mains (1), récusant d’ailleurs tout caractère sacramentel (2) à ce geste. Mais celui-ci ne lui en a pas moins fait penser à la recommandation de saint Paul à Timothée (II Tim. I, 67) de ressusciter la grâce qu’il a reçue par imposition des mains de lui-même, Paul. Or il s’agissait certainement, dans ce cas, du Sacrement de l’Ordre.

Sans le dire explicitement notre auteur laisse entendre que le don de parler en langues, le don de guérison, et peut-être d’autres dons extraordinaires, résulteraient de l’imposition des mains pentecôtiste. Ce ne pourrait être qu’en vertu d’une institution divine liant l’Esprit-Saint à un tel rite. Mais comment se ferait-il alors que l’Église, gardienne fidèle de la Foi, nous l’ait laissée ignorer pendant près de vingt siècles ?

On a d’ailleurs l’impression que la position du Cardinal évolue au cours du livre. Au début il ne faut parler que de rencontres fraternelles spontanées, pour invoquer ensemble l’Esprit-Saint. Et puis nous apprendrons qu’un chef, un laïc y préside (3), qu’il y a pouvoir pour clore les discussions, imposer l’imploration, etc. D’où lui vient cette qualification ? Délégation ? Par qui ?… Élection ?… On aimerait aussi être fixés sur « les formes d’expression corporelle » auxquelles on risque d’assister.

 

II. Et pourquoi ne pas tout dire des origines du pentecôtisme ?

Il aurait commencé par la rencontre de « quelques jeunes » dont certains auraient lu « La Croix et le Poignard » de David Wilkerson, pour invoquer ensemble l’Esprit-Saint et faire revivre les Charismes de la primitive Église. Ils furent si satisfaits de leur expérience qu’ils la répandirent dans des Campus universitaires et qu’en 1967 un premier congrès national put réunir près de cent adhérents.

Mais la brochure de P. Eugène de Villeurbanne « Illuminisme 67 » (4) nous apprend bien d’autres choses. Le pentecôtisme se manifestait chez les protestants dès 1901. Il était repris en 1914 par deux pasteurs, l’un ancien baptiste, l’autre ancien méthodiste. Il préconisait déjà l’imposition des mains, pour réaliser un baptême dans l’Esprit et faire surgir des charismes. Et c’est à cette dissidence du protestantisme que s’adressèrent les deux professeurs catholiques de Pittsburg dont parle le cardinal, afin de se faire initier. Ils usèrent pour cela de l’intermédiaire du pasteur William Lewis et de la chancellerie épiscopalienne qui les mirent en relation avec Florence Dodge, épiscopalienne qui présidait elle-même une assemblée pentecôtiste où ils allèrent recevoir l’imposition des mains. En dépit du canon 1399 et des recommandations de Vatican II, l’évêque catholique de Pittsburg ne leur donna aucune autorisation, peut-être même n’en fut-il pas averti !…

L’imposition des mains

Et pourtant Jésus nous avait bien dit que celui qui entre dans le bercail par escalade et non par la porte doit être regardé comme un voleur et un larron.

 

III. Sous quel patronage se propage le pentecôtisme ?

Le point d’interrogation nous interdirait d’avancer que c’est sous celui du Cardinal Suenens, bien que le titre « cardinal » fasse à son livre un en-tête impressionnant. Mais on peut encore moins dire que c’est sous celui de la hiérarchie catholique.

Paul VI, il est vrai, est cité. Cependant, qu’on y prenne garde ! En recevant des pentecôtistes, le 9 octobre 1973, il les a invités à la prière personnelle et communautaire, à la disponibilité à l’égard de l’Esprit-Saint, etc…, toutes choses qui sont de la traditionnelle orthodoxie. Quant à ce que leur mouvement comporte de spécifique nouveauté, il leur a déclaré qu’il posait beaucoup de questions (5) et que c’était à chaque évêque de veiller à ce qui se passait dans son diocèse (6) car, a-t-il dit, l’ivraie peut se mêler au bon grain (7).

En des audiences ultérieures il est allé encore plus loin. Le 16 janvier 1974 (8) il dénonçait la prétention de traduire « en expériences sensibles » la vérité religieuse, prétention incontestablement pentecôtiste. Une telle expérience, il la déclarait « de soi impossible » ! Enfin le 12 juin (9) revenant sur le même sujet, il proclamait « la nécessité d’être insérés dans les structures institutionnelles… de l’Église pour bénéficier de l’animation de l’Esprit-Saint ». Or ce n’est pas le cas des assemblées pentecôtistes, qui, généralement, d’ailleurs, sont interconfessionnelles.

Certes ! il y a toujours du neuf dans l’Église, mais il n’est authentique que s’il a ses racines dans la Tradition : « nil innovetur nisi id quod traditurn est » (10). Elle est un patrimoine qui a grossi merveilleusement au cours des siècles et qui est d’une richesse doctrinale inouïe. Qu’on pense à tout ce que représentait l’enseignement du Magistère comprenant d’ailleurs des définitions de Foi ; l’enseignement des Pères de l’Église à partir des Pères apostoliques ; l’enseignement des Théologiens bien avant Vatican II. Or le Cardinal n’invoque jamais cette décisive autorité. Celle qu’il nous présente est presque toujours celle de protestants, de schismatiques, voire même d’athées. Comment y trouver confiance valable pour des catholiques ?

 

IV. Et il faudrait aussi s’entendre sur les charismes

Dans cet ouvrage, en effet, on en parle beaucoup, ce qui ne signifie pas distinctement ! Bien des sentiments ou mouvements, peut-être surnaturels, s’expliqueraient par le jeu normal des dons du Saint-Esprit dans une âme fervente. Un tel jeu relève de l’économie surnaturelle ordinaire et ses fruits ne peuvent être appelés « Charismes » qu’abusivement. Pour rester dans la clarté, prenons ce terme au sens strict : don gratuit d’ordre surnaturel, conféré plus pour le bien d’autrui que pour celui qui en est gratifié et qui peut revêtir des aspects extraordinaires, voire miraculeux.

C’est bien de cela qu’il s’agit quand le cardinal évoque les charismes de certains saints. Combien n’en a-t-on pas relevé chez le P. Pio ! Mais ici la référence ne vient point en confirmation des phénomènes pentecôtistes : don de parler en langues ou autres, car les saints qui en ont été favorisés ne les ont jamais désirés, la théologie mystique ayant toujours condamné ce désir, tandis qu’on va aux assemblées charismatiques pour les avoir. Leur utilité pour le prochain a toujours été manifeste, parfois même émouvante quand ils procédaient des Saints, alors que leur manifestation en assemblée charismatique est d’une utilité plus que contestable pour la Foi, la morale, l’équilibre mental, l’ascèse, quand elle n’engendra pas très objectivement l’inquiétude. Que de conversions autour du Curé d’Ars, du P. Pio ! etc… Combien à partir du pentecôtisme ?

 

V. Et sur le rôle de l’Esprit-Saint

À parcourir ce volume de 270 pages on arriverait à penser que le culte de l’Esprit-Saint s’était presque complètement éteint dans l’Église (11). Nous osons dire que nous ne nous en étions point aperçus. Jusqu’à Vatican II partout était en honneur la neuvaine au Saint-Esprit pour préparer la Pentecôte qui était et reste une des plus grandes fêtes de l’année. Celle-ci était suivie d’une octave au cours de laquelle ne cessait de retentir le « Veni Creator ». Quelle réunion de réflexion religieuse, quelle instruction de retraite, et, pour les âmes pieuses, quel travail spirituel ne débutait pas par le « Veni Sancte Spiritus » ? On peut douter qu’un pentecôtiste en fasse davantage.

Au contraire, à la lecture de ce livre, nous trouvons très grave de mettre le culte Marial en concurrence dommageable avec le culte du Saint-Esprit. Celui-là offusquerait (12) celui-ci et Marie éclipserait (p. 232) l’Esprit-Saint ! Nous comprendrions cette mentalité chez un protestant, mais c’est un cardinal qui écrit. Il est vrai qu’à la page 240 la déclaration : « Marie ne fait jamais écran » rétablit la situation. Seulement on peut alors se demander comment y a-t-il éclipse ? car il n’y a pas d’éclipse sans écran.

Mais le plus gros est de déclarer choquantes (p. 231) (13) les expressions : « À Jésus par Marie » ; « Marie forme le Christ en nous ! » ; « Marie est le lien entre le Christ et nous » ; « Marie est corédemptrice ». C’est pourtant de la bonne et exacte doctrine catholique. Jésus nous est venu par Marie et nous ne faisons qu’utiliser cette voie ouverte par Dieu lui-même pour remonter vers Jésus. C’est dans une belle unanimité que les Pères de l’Église disent que Marie est le cou du corps mystique, portant et présentant la tête, Jésus, dont elle transmet les bienfaits surnaturels à tous les membres, tout comme elle lui en présente toutes les requêtes. Si je comprends bien, Son Éminence veut bien d’une médiatrice d’intercession, mais pas d’une médiatrice de distribution (14). Le Seigneur nous aurait fait une mère aux mains vides ! Cela heurte gravement la Foi catholique. S’il y a « choc » il vient de là. Et tout autant de lui contester, toute précaution prise d’ailleurs, son titre de corédemptrice. Quel théologien hésiterait à en convenir avec moi ?

Au fond n’a-t-on pas dans la pensée sinon une erreur du moins une confusion ? Elle se révèle p. 231 dans l’affirmation que c’est l’Esprit-Saint qui doit nous conduire à Jésus ! Mais non ! l’Esprit-Saint ne joue pas les intermédiaires ! Il est principe et fin. En parlant de lui c’est de Dieu, de toute la Sainte Trinité que nous parlons ! de qui procède, comme d’un seul principe, toute action divine « ad extra ». Il y a simplement appropriation à l’Esprit-Saint en vertu d’une haute convenance. Au sens propre c’est l’Humanité Sainte de Jésus qui est notre voie vers Dieu, tandis que Marie est notre voie vers Jésus. La première place revient bien à l’Esprit-Saint car elle revient à Dieu, mais il ne faudrait pas oublier la nature de cette place.

Justement n’y aurait-il pas chez trop de pentecôtistes une erreur grossière, à savoir qu’ils établissent une relation personnelle et exclusive à l’Esprit-Saint ? Seule l’humanité Sainte du Christ a une relation de cette nature avec une Personne divine, la Personne du Verbe en qui elle subsiste, mais les relations de toutes les autres créatures se terminent à Dieu, un et trine.

Et que l’on ne dise pas que c’est là une précision théologique chicanière car si une créature humaine avait une relation personnelle avec la personne de l’Esprit-Saint aurait-elle encore besoin d’un Magistère ? (15) Ne touchons-nous pas ici, le danger de partager trop facilement le langage des protestants ?

 

VI. Enfin, dans la situation actuelle de l’Église, d’où nous vient l’Espoir ?

C’est vrai : elle est bien triste la situation actuelle et le Cardinal a le courage de n’en pas dissimuler la gravité (p. 249). Mais nous donner comme motif d’espérance le pentecôtisme serait d’une désolante puérilité. Serait-ce ce que voudraient nous insinuer les pages 252 à 256 qu’on a de la peine à interpréter autrement ? (16)

Et pourtant peut-on attendre que la Foi s’éclaire et s’affermisse dans l’équivoque de réunions interconfessionnelles ouvertes même aux athées ? Peut-on attendre une promotion de la vertu par des pratiques qui n’imposent aucune ascèse et fixent le désir sur le « senti » ? Pense-t-on que l’on pourra de la sorte remplir à nouveau séminaires et noviciats de sujets aptes à faire de bons prêtres, de bons religieux, de bonnes religieuses ? Pense-t-on qu’on restaurera l’austérité et la discipline dans l’Église hors de toute action de la hiérarchie instituée à ces fins par le Christ Jésus ? Aurait-on osé dire cela à saint Pie X, ou à n’importe lequel de ses successeurs, notre Saint Père Paul VI compris ? Aurait-on osé le dire au très simple Curé d’Ars ?

Bien sûr que nous devons être des hommes d’espérance ! L’espérance est une vertu théologale aussi indispensable que la Foi et la Charité ! Mais quel catholique pensera qu’il doive aller la chercher dans une dissidence du protestantisme ? Notre espérance est dans la paternelle, inlassable providence de Dieu pour qui tout est présent et clair, dont la bonté infinie s’exercera d’une façon parfaite aussi bien demain qu’hier. Elle est dans Marie Mère de l’Église. Elle est dans notre prière jamais inefficace. Elle est dans nos souffrances généreusement offertes. Au temps de saint Cyprien on se recommandait des martyrs. Mais ne sont-ils pas, maintenant, des millions, ces martyrs, en Chine, en Russie, dans les pays d’au-delà du rideau de fer ? Et toutes ces souffrances pour le Christ monteraient vers Dieu sans efficacité ? Mais chez nous aussi il y a des martyrs, de bons prêtres, de bons religieux écartés, bâillonnés par le modernisme.

Les persécutés qui souffrent, non pas tant du monde qui, lorsqu’il ne se désintéresse pas d’eux les prendrait plutôt en sympathie, que des clercs influents ou en charge ; oui, il y en a, chez nous aussi, des persécutés dont la vie est une continuelle offrande de sacrifice pour l’Église, voire pour son « personnel » comme dit Maritain, par lequel ils souffrent. Pour s’être appauvrie de motifs humains notre espérance n’a fait qu’épurer sa raison d’être, son motif essentiel qui a été et demeure théologal. Jamais peut-être nous n’avons eu autant de raison de nous fier à l’offrande de nos souffrances et à celle de notre prière. Or le Maître nous a conseillé, pour lui adresser celle-ci, non pas d’aller nous produire en société hétéroclite, mais bien au contraire « Quand tu veux prier entre dans ta chambre et ferme ta porte. Alors ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (17).

Amen !

Père Philibert de Saint-Didier, janvier 1975.

 

 

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R.P. Philibert de Saint-Didier, « Interrogation sur le Pentecôtisme » / P. Philibert de S-Didier, O.F.M. Capucin, 1975

Recueil de textes extraits de “La Pensée catholique”, janvier-juin 1975


Saint-Didier, Philibert de (frère mineur capucin)
Defour, Jean
[Nom de personne]
Langue d’expression : français
Nationalité : FRANCE
Date de naissance : 08 06 1896
Note publique d’information :
O.F.M. Nom en religion de Jean Defour. Né à Saint-Didier-en-Velay, Haute-Loire
 


 

À suivre…

Hippy Catholicism

 

 


[1] p. 260 : « En demandant à un groupe d’amis de prier pour moi, lorsqu’ils m’imposaient les mains pour que je sois de plus en plus fidèle à l’Esprit, il me semblait que j’obéissais à l’invitation de Paul à Timothée : « Je t’invite à raviver le don que Dieu a déposé en toi par l’imposition de mes mains… ». »

[2] p. 258 « …en fin de réunion un geste d’imposition des mains sur un membre du groupe qui en exprimait le désir.

Cette occasionnelle imposition des mains ne possède évidemment rien de sacramentel. Telle n’est pas l’intention ».

[3] Ibid. « À plusieurs reprises, pendant quelques minutes, le président – un laïc – nous invitait à interrompre la discussion pour nous recueillir devant le Seigneur et implorer son Esprit sur les décisions à prendre. Cette prière commune murmurée – parfois en langues – nous plongeait dans une atmosphère surnaturelle peu ordinaire ». Mais quelle garantie de « surnaturalité » ?

[4] « Illuminisme 67 », Brochure qui n’a pu s’offrir le luxe d’un grand éditeur, ce n’est pas tout le monde qui a les ressources d’un Cardinal, mais elle est claire, précise, indiscutable.

[5] p. 113. Le Cardinal rapporte, d’après New Covenant de décembre 1973, que le Saint Père aurait improvisé, le 10 octobre, les paroles suivantes : « Nous sommes très intéressés par ce que vous êtes en train de faire. Nous avons beaucoup entendu parler de ce qui se passe parmi vous et nous nous en réjouissons. Nous aurions beaucoup de questions à vous poser, mais le temps fait défaut ».

L’Osservatore Romano du 11 octobre ne les a pas rapportées. Il avait peut-être de bonnes raisons pour cela. Nous n’avons donc en référence qu’un rapporteur privé sur le crédit duquel on peut s’interroger, surtout s’il s’agit de quelqu’un intéressé à l’affaire. Mais même si nous devions prendre tous ses termes pour argent comptant il nous resterait à nous demander de quoi exactement se réjouit le Pape ? Dans le contexte officiel il ne s’agit guère que d’un renouveau dans la prière.

Par contre la déclaration : « Nous aurions beaucoup de questions à vous poser » dont on convient, reste passablement suggestive. Elle interdit, pour le moins, de trouver dans les paroles pontificales une position arrêtée.

[6] « La vie spirituelle des fidèles relève donc de la responsabilité pastorale active de chaque évêque dans son propre diocèse. Il est particulièrement opportun de le rappeler en présence de ces ferments de renouveau… » Doc. cath. 18 nov. 1973, p. 958, 28 col.

[7] « Par ailleurs, même dans les meilleures expériences de renouveau, l’ivraie peut se mêler an bon grain. Aussi une œuvre de discernement est-elle indispensable ; elle revient à ceux qui ont la charge de l’Église ». Ibid.

[8] « Nous voudrions traduire en expérience sensible cette vérité religieuse, cette réalité mystérieuse… Eh bien, cette attitude n’est pas la bonne… L’expérience sensible et directe d’une réalité religieuse est, en effet, de soi impossible… » Doc. cath. 3 février 1974, p. 103, 26 col.

[9] « La Pentecôte… est quelque chose qui demeure, une histoire permanente. L’Église vit toujours en vertu de cette prodigieuse infusion… »

Puis Paul VI cite saint Augustin : « Seule l’Église catholique est le Corps du Christ… En dehors de ce corps l’Esprit-Saint ne vivifie personne… Ils n’ont pas l’Esprit-Saint ceux qui sont en dehors de l’Église… »

Enfin il conclut : « Cela nous conduit à méditer sur la nécessité d’être dûment insérés dans les structures institutionnelles qui donnent à l’Église sa consistance corporelle et qui sont présentées ici comme la condition pour bénéficier de l’animation de l’Esprit-Saint » : Doc. cath. 7 juillet 1974, p. 602, 2° col.

[10] Qu’on n’innove rien si ce n’est en conformité avec la Tradition.

[11] p. 195 : « En redécouvrant le rôle de l’Esprit-Saint nous serons plus que jamais proches des hommes… »

p. 215 : « Je voudrais mettre en relief, ici, combien la redécouverte en cours de l’actualité vivante de l’Esprit-Saint est un signe de grande espérance. »

p. 223 : « Nous redécouvrons la richesse de ce contact avec Dieu que l’Esprit noue avec celui qui humblement ouvre l’Écriture… », etc. (C’est moi qui souligne).

Comme on le voit, par ces textes et bien d’autres (nous ne pouvons tout citer) il y a vraiment innovation et considérable pour le Cardinal, dans le culte rendu dans l’Église à l’Esprit-Saint.

[12] p. 232 : « En tout cas le reproche de substitution ou d’éclipse de l’Esprit-Saint au profit de Marie ne peut nous laisser indifférents et mérite qu’on s’y arrête…

Historiquement la mariologie a pris un grand développement à une époque car la pneumatologie était plutôt défaillante. Cela n’a pas été sans conséquence pour le bon équilibre d’une doctrine. »

p. 233 : il cite dans un sens approbateur Elie Gibson : « Peut-être le schéma sur l’Église – que le Concile prépare – aidera-t-il à clarifier la relation Esprit-Saint-Marie. Mais, pour le passé, nous avouons que la personne humaine de Marie a éclipsé la personne divine de l’Esprit. »

« Ces lignes, ajoute le Cardinal, peuvent servir d’introduction à un dialogue nouveau. » Il admet donc une telle base !

[13] p. 231 : « On relèvera comme particulièrement choquantes (noter le « particulièrement » !) des expressions telles que : – À Jésus par Marie ; – Marie forme le Christ en nous ; – Marie est le lien entre le Christ et nous ; – Marie est associée à la Rédemption ! »

À l’encontre de ces formules on objecte que c’est précisément le rôle du Saint-Esprit de nous conduire à Jésus, de former le Christ en nous, de nous relier à Lui, de coopérer à un titre unique à la rédemption. »

Ainsi nous aurions un Esprit-Saint corédempteur (!) qui jouerait les intermédiaires, comme nous l’avons relevé, précisant que c’est l’Humanité Sainte de Jésus qui fait le « pont » avec la divinité. Marie, elle, nous conduit à ce « pont » qui nous fait aboutir à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu qui est la fin de tous et de tout, comme il en est le principe, ne pouvant en aucune manière, jouer comme tel, les intermédiaires.

[14] p. 241 : « Son rôle (de Marie) ne se situe pas dans l’ordre de la communication des grâces ; seul l’Esprit-Saint… Elle n’est pas dans la trajectoire de la médiation ainsi conçue. »

Qu’on y prenne garde : il ne s’agit pas du principe des grâces, mais de la médiation pour leur transmission !

[15] Plus radicalement, aurait-on besoin encore d’une Église ?

[16] p. 251 : « …mon espérance théologale… devient expérimentale. »

(C’est moi qui ai souligné). L’affirmation, en effet, est curieuse. L’objet d’une espérance déclarée « théologale » c’est Dieu faisant promesse. Mais Dieu ne s’expérimente pas ! On le croit ! Quant au motif de cette espérance, toujours en tant que « théologale », c’est uniquement la fidélité essentielle à Dieu qui promet. Elle, non plus, ne s’expérimente pas.

Aussi lorsque le Cardinal invoque une « luminosité » plus « intense », une « chaleur plus tangible », nous goûtons sa poésie, et nous n’aurons pas la mauvaise grâce de mettre en doute les impressions qu’il déclare ressentir, mais il devrait bien convenir que tout cela est de l’humain, non du divin comme il serait requis de ce qui est « théologal ». « Je bornerai, dit-il plus loin, mon témoignage, à la grâce que fut pour moi la découverte du renouveau charismatique à travers divers pays du monde et, sur place, sous mes yeux, et dans mon propre cœur »« Je crois que je lui dois une sorte de nouvelle jeunesse spirituelle, une espérance plus sentie ». (C’est moi qui souligne). Félicitons-le de cette euphorie spirituelle, mais cela n’enlève pas à celle-ci son caractère subjectif humain.

Or, précisément, là n’est-il pas l’écueil du pentecôtisme, de s’être mis à la recherche du « senti » ? Saint Jean de la Croix lui aurait plutôt conseillé le « nu » ; parfois austère, de la Foi.

[17] Cela ne contredit pas à la promesse de Notre Seigneur d’être avec ceux qui se réunissent pour prier en son Nom, mais exclut, pour le moins, les réunions ostentatoires, surtout avec prétention tapageuse d’innover un nouveau dynamisme de prière insoupçonné de tous les saints et de toute l’Église pendant dix-neuf siècles.

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