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In memoriam Louis Veuillot (1813 – 1883)

2013 décembre 29

Avant de terminer l’année 2013, deux centième anniversaire de la naissance et cent trentième anniversaire de la mort de l’illustre publiciste et polémiste catholique, « défenseur irréductible des droits de Dieu et de l’Église » (saint Pie X), Louis Veuillot (1813 – 1883), nous vous proposons ce Petit rappel bien utile concernant la charité libérale !

Louis Veuillot

Louis Veuillot par Nadar (années 1850)

 

Florilège :

 

L’énergie est dans la doctrine :

 

« Comment continuer la lutte avec la même énergie, si toute parole dont l’adversaire voudra se plaindre devient à l’instant coupable de trop d’énergie ? L’énergie est dans la doctrine ; mais tant que je serai fidèle à la doctrine, mes ennemis m’accuseront sur la charité. » (« Études »)

 

Caricature de Louis Veuillot

« Les Hommes d'Église. » Caricature de Louis Veuillot, par Faustin Betbeder, 1870-1871.

 

Fausse et vraie charité :

 

« Quoi ! Parce qu’ils savent crier, ils nous réduiraient au silence ! Les vérités que nous devons annoncer tout entières aux souverainetés de ce monde, nous les déroberions pour ne pas déplaire à ces messieurs ! On veut que toute voix puisse tout dire, et il n’y aurait que les catholiques qui n’oseraient parler rondement, articuler les mots, toucher aux faits, aux livres, et s’il le faut, dans les limites légitimes, aux personnes ! Enfin, par respect pour un petit nombre d’insensés ou de méchants qui, s’étant voués à la propagande du mal, se diront toujours blessés lorsqu’on blessera le mal, nous souffririons que le mal passe et circule insolemment, qu’il porte dans les intelligences la démoralisation avec l’erreur, que les esprits qu’il obscurcira ne puissent pas même recouvrer la lumière, que l’Église diffamée ne trouve pas de défense immédiate !… Les chrétiens qui appellent tout cela charité, n’ont de charité ni pour ceux qui font le mal, ni pour leurs victimes ; ils veulent oublier ce que vaut une âme, et ce que peut une vérité. » (« Mélanges »)

« Tout ce que la haine de nos adversaires ose contre nous, c’est notre tiédeur, c’est notre timidité, c’est notre lâcheté qui le permet. Il en sera ainsi tant que nous ne saurons pas, tant que nous ne voudrons pas nous défendre. » (« Mélanges »)

« J’aime mieux aller dans le purgatoire pour ma chaleur que dans l’enfer pour ma tiédeur. »

 

Louis Veuillot par Gill

Caricature de Louis Veuillot, par André Gill, pour « La Lune », n° 59 du 21 Avril 1867.

Jésus-Christ tout entier :

 

« Où Jésus-Christ n’est point connu, l’homme obéit à l’homme, et lui obéit absolument ; où la connaissance de Jésus-Christ s’efface, la vérité baisse, la liberté subit une éclipse, la vieille tyrannie reprend et étend ses anciennes frontières. Quand l’Église ne pourra plus enseigner Jésus-Christ tout entier, quand les peuples ne comprendront plus qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, quand il ne s’élèvera plus de voix pour confesser la vérité sans déguisement et sans amoindrissement, alors la liberté aura quitté la terre, et l’histoire humaine sera près de sa fin. » (« L’Illusion libérale »)

 

Caricature de Louis Veuillot, La Petite Lune, n°2

« Pâquerette. » Caricature de Louis Veuillot, par André Gill, La Petite Lune, n°2, 1878-1879.

Le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral

 

« Le monde est plein d’esprit mitoyens à qui toute conviction vigoureuse déplaît, et que toute affirmation nette et tranchée surprend et impatiente. Il y a de ces esprits parmi les catholiques, et en plus grand nombre qu’il ne serait naturel d’en trouver. Ils sont un des signes fâcheux de ce temps où la vérité est si fort diminuée parmi les hommes. » (« Mélanges »)

 

« Le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral. Je veux dire par là, sans douter encore de sa sincérité, qu’il n’a pas plus la notion vraie de la liberté que la notion vraie de l’Église. Catholique libéral tant qu’il voudra ! Il porte un caractère plus connu, et tous ses traits font également reconnaître un personnage trop ancien et trop fréquent dans l’histoire de l’Église : Sectaire, voilà son vrai nom. » (« L’Illusion libérale »)

 

 

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Louis Veuillot (1813-1883), celui que le Pape saint Pie X a appelé un modèle pour les laïcs catholiques, est revenu à la foi de sa naissance à travers une expérience de conversion qui change la vie lors d’une visite à Rome. La Ville Éternelle a fourni le cadre pour une prise de conscience intellectuelle et spirituelle de cet essayiste trop décrié et oublié, satiriste, écrivain de dévotion, et rédacteur en chef.

Louis Veuillot rédacteur en chef du journal l’Univers

Journaliste catholique français, il fut le collaborateur puis le rédacteur en chef du journal l’Univers dont il fit un organe puissant au service du parti ultramontain. Il polémiqua en faveur de l’infaillibilité pontificale et attaqua la politique italienne de Napoléon III. Face aux tentatives de catholicisme social de Lammenais, Lacordaire ou Montalembert, Veuillot représenta la tradition conservatrice et réactionnaire de l’Église catholique en France au XIXe siècle.

 

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Parmi les consolations que le Bon Dieu nous a ménagées ici-bas, la possibilité d’’admirer et de lire Louis Veuillot n’’est pas la moindre. La vie de ce lutteur à l’’intelligence ferme et profonde, au cœœur tendre et fidèle, au tempérament intrépide est une magnifique page de l’’histoire catholique du dix-neuvième siècle.

« Il a toujours deux choses pour lui : le pape et la grammaire », avouait un de ses adversaires. Converti à l’’âge adulte, Veuillot brilla par son sens catholique ; autodidacte, il mania la langue française avec une élégance, une précision et une correction peu communes. C’’est que pour l’’une et l’’autre chose, Veuillot fut un homme de docilité, et c’’est là qu’’il puisa sa grandeur. De cette docilité, il connut le prix : labeur acharné pour se rendre maître de la doctrine et la langue, combats continuels pour en témoigner à la face d’’une société en voie d’’apostasie et d’’avilissement.

Cette courte biographie de Veuillot par J. M. Villefranche (contemporain de Veuillot) donnera une idée de la vie de cet ami de Dom Guéranger et de Pie IX, tout autant que du petit peuple catholique et des humbles curés de campagne.

Pour le connaître et l’’apprécier encore, il suffit de lire le Bref que saint Pie X lui a consacré. (Abbé Hervé Belmont)

 

Bref du Pape saint Pie X à la louange de Louis Veuillot

Saint Pie X, pape

Ad Dominum Franciscum Veuillot qui novissimam partem vitæ patrui sui Ludovici Veuillot tamquam filiale venerationis obsequium beatissimo patri exhibuit.

Très cher Fils,

C’est avec une bien douce et grande satisfaction que Nous avons reçu l’hommage de la dernière partie de la « Vie de Louis Veuillot », votre oncle, et Nous vous félicitons de tout notre cœur d’avoir mené à si heureuse fin cet ouvrage de haute importance, laissé inachevé par votre très digne père.

La publication de votre beau travail ne pouvait se faire à une heure plus opportune, puisqu’elle a précédé de peu de temps la date mémorable du centenaire de naissance de l’éminent publiciste catholique, dont le nom désormais est glorieusement fixé dans l’’histoire.

À l’exemple des deux Papes qui Nous ont précédé sur ce Siège Apostolique, et principalement de Pie IX, de sainte mémoire, il Nous est agréable de rendre témoignage à ce grand homme de bien, défenseur irréductible des droits de Dieu et de l’Église.

Avec la flamme de son zèle d’apôtre, il entra dans la lice, orné des dons précieux qui font l’écrivain, l’artiste et le penseur de génie, par lesquels il a égalé et surpassé les Maîtres les plus illustres ; car, dans les saintes batailles de la défense des principes sacrés, sa plume était à la fois un glaive tranchant et un lumineux flambeau. Ce qui entraînait la vigueur de son esprit, ce qui l’enveloppait de lumière, ce qui en centuplait l’énergie, c’étaient, avec sa foi profonde, l’Amour de l’Église dont il désirait le triomphe et l’amour de sa patrie qu’il voulait fidèle à Dieu.

Guidé par cette foi, inspiré par ce double amour, il sut repousser comme une impiété toute diminution de la souveraineté de Jésus-Christ et toute renonciation aux enseignements de la Chaire Apostolique. Il comprit que la force des sociétés est dans la reconnaissance pleine et entière de la royauté sociale de Notre-Seigneur et dans l’acceptation sans réserve de la suprématie doctrinale de son Église. Avec quelle âme droite et fière, avec quel cœur indomptable, il fit entendre, sur ces questions fondamentales, les proclamations les plus courageuses, confessant sans hésitation et sans atténuation la vérité catholique, ne voulant jamais distinguer entre les droits que le monde moderne admet et ceux qu’il prétend proscrire. Avec quelle généreuse franchise, il sut démasquer les théories libérales, aux déductions si funestes, dans les sophismes dissimulés sous le nom de liberté.

Convaincu que la nation qui porte à travers les siècles le nom de Fille aînée de l’Église, doit à sa foi, à son génie, à la logique de son histoire de reconnaître dans leur plénitude les droits du Saint-Siège et l’autorité du Pontife Romain, il s’appliqua avec toute l’ardeur de son âme à dissiper les préjugés et les équivoques du Gallicanisme, et fut d’une aide puissante dans le grand mouvement vers le Siège Apostolique qui signala son époque. Nul n’ignore la persévérance avec laquelle il s’éleva toujours contre les esprits pervertis qui s’attaquaient aux sources vives des traditions chrétiennes, force et gloire de sa patrie.

C’est assurément un grand honneur pour un serviteur de l’Église d’avoir, pendant près d’un demi-siècle, projeté sur les évènements qui se sont succédé dans le monde la pure lumière de la doctrine catholique et d’avoir poursuivi sans trêve ni merci l’erreur qui s’étale au grand jour et l’erreur qui serpente dans l’ombre. Il lui reste le mérite et la gloire de l’avoir fait avec le courage, l’entrain et l’enthousiasme d’un homme qui possède la Vérité et qui sait que cette Vérité a des droits imprescriptibles. Il lui reste le mérite et la gloire de l’avoir fait dans l’obéissance et la discipline, le regard fixé sur les directions du Saint-Siège. Il lui reste le mérite et la gloire de l’avoir fait avec un désintéressement complet, ne cédant jamais aux séductions, aux louanges, aux promesses, bravant l’impopularité, les intrigues, les antipathies, les accusations calomnieuses de ses adversaires, parfois la désapprobation même de ses compagnons d’armes, « heureux d’avoir été trouvé digne de souffrir des affronts pour le Nom de Jésus » ( Actes V, 41).

L’ensemble de sa carrière illustre est digne d’être présenté comme modèle à ceux qui luttent pour l’Église et les causes saintes, et qui sont sujets aux mêmes contradictions, aux mêmes déchaînements de la passion. Qu’à l’exemple de Louis Veuillot, ils soient fiers de leurs titres de chrétiens et de serviteurs de l’Église ; qu’ils sachent que Dieu combattra avec eux et leur donnera la victoire à l’heure marquée par sa Providence.

Avec le témoignage de toute Notre satisfaction, Nous vous accordons, très cher Fils, comme gage des faveurs célestes, à vous et à tous les membres de votre famille, à tous les descendants de Louis Veuillot, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome près de Saint-Pierre, le 22 octobre de l’année 1913, de Notre Pontificat la onzième.

PIUS PP. X.

 

 

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Vous pouvez retrouver « Louis Veuillot par Le Comte J. du Plessis » aux Éditions Saint-Remi :

Louis Veuillot par Le Comte J. du PlessisRésumé

Parmi les nobles fils de la noble France, il n’en est pas qui mérite plus complètement cette aristocratique épithète que ce fils d’artisan rural, élevé par la grâce de Dieu sur les sommets de la grandeur. Grand écrivain, grand cœur, grande intelligence, grand serviteur de l’Église et de la patrie, disciple et parfois émule des grands saints de France, Louis Veuillot fait assurément partie de notre plus haute noblesse. Après une élogieuse biographie en guise d’introduction, l’auteur a eu la bonne idée de nous livrer un florilège d’extraits des œuvres de Louis Veuillot, en les classant par thème : la religion, la vie, la famille, la société, la civilisation. Une table analytique en fin d’ouvrage permet de retrouver chacune des œuvres de Louis Veuillot d’où sont extraits ces merveilleux textes.

http://www.saint-remi.fr/details-catalogues.php?id=1413&PSRC=%2Findex.php

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